Aller voir les Who en 2023 tient du miracle à tous les étages. Cette fois "Madame La Musique" m'a fait un cadeau extraordinaire. Je me suis retrouvé pile au premier rang devant Roger Daltrey et sa bande ce 23 juin à la Nanterre Arena. J'avais gardé un bon souvenir de leur concert à Paris en 2015 mais là 8 ans après je me suis dit qu'à presque 80 ans ces gars allaient souffrir sous nos yeux. Tu parles ! Les vieux lions nous ont bouffé tout cru encore une fois !
On peut s'attendre à tout mais quand l'émotion vous serre la gorge dès les premières notes de Overture (Tommy) c'est "Star Wars Around The Clock". La magie de ce groupe fonctionne toujours ! Il a ce côté sexy indéfinissable qui file la gaule avec des sons aphrodisiaques. Le lancer de micro de Daltrey est devenu tout d’un coup un métier dangereux pour les photographes plantés devants eux. Pete Townshend ne se rase plus et ressemble ce soir à un Père Noel Punk avec son bonnet rouge (phrygien ?). Finis les sauts acrobatiques mais encore des moulinets à gogo comme une crise d’urticaire. Le grand orchestre est français nous dit-il et Pete adore notre pays. Autour de moi ça transpire le fan de la première heure, une meute prête à investir la scène. Après avoir joué six titres de l'album Tommy, une mise en bouche pleine de saveurs, je constate que le groupe a traversé le temps à une vitesse phénoménale. Soixante ans de carrière et presque toutes leurs dents. Bien sûr que Keith Moon et John Entwistle nous manquent, mais un demi Who c'est mieux que rien du tout. La belle Vespa Mods Style a changé de moteur depuis longtemps et malgré son grand âge elle carbure grave encore. Mon premier orgasme discographique fut le "Who's Next" qu'un de mes cousins m'avait prêté un jour de septembre 1971. En 1974 j'ai assisté à mon premier concert de Rock, par chance c'était les WHO aussi au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris. Et oui ! Tout le monde reconnait dès les premières notes "Who are You", du plus jeune au plus vieux. Certainement le titre qui a lié toutes les générations présentes. J'ai reconnu des visages familiers dans l'assistance, le temps ne les a pas épargnés aussi. Des regards trempés de sueur mais aussi de larmes tout autour de moi qui semblaient réaliser la fin proche d'une époque bénie. Le Grand Orchestre sort de la scène et le groupe reprend sa vraie nature. Il va nous asséner ses titres forts, l'artillerie lourde qui a fait sa réputation pendant six décades. «The Kids Are Alright » fait dire à Pete Townshend qu'il a toujours 17 ans. Je reviens des toilettes en filmant mon plus beau traveling en concert sur "Won't Get Fooled Again", mes dix-sept ans à moi aussi. Tout le monde flippe dès les premières notes de "Behind Blue Eyes". On se rappelle nos premiers amours sur les jolis arpèges de Pete. Un des moments forts du concert qui a fait vaciller nos cœurs. Le Grand Orchestre revient ensuite avec une version magistrale de "The Real Me". Nous offre un délicieux « I’m One » (Quadrophenia) et du "5.15" de 1973 encore tout frais. Quelques personnes commencent à se coller à la barrière tout devant, un des gardes rapplique pour les écarter. Tout d'un coup j'entends Roger Daltrey et Pete Townshend dire aux gens d'avancer et ordonnent à l'autre excité de se calmer. Ont-ils cherché inconsciemment une émeute, une révolution, un riot comme au bon vieux temps ? Dernier titre avant de nous laisser partir à nos vieux rêves, le très beau "Tea & Theatre" joué en solo acoustique par Pete. Une belle façon de nous achever en douceur.Les vrais rockers restent toujours des vrais rockers. Ils s'en foutent de ces râleurs qui trouvent qu'ils sont trop vieux pour faire encore des cabrioles à leur âge. Ils nous ont tant donné, peut-être un peu trop. Certains sont devenus très exigeants, d'autres heureux pour le reste de leurs vies. Merci à ce grand groupe ! Merci d'être encore là, de nous donner encore ce trop-plein de bonheur qui disparaîtra un jour devant nous.
photos : Daniel Abecassis


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